Suite aux ennuis de santé d’Ali Bongo : Course pour le pouvoir

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Seule la volonté de devenir calife à la place du calife peut expliquer certains comportements. Jouant les Iznogoud tropicaux, les dirigeants de la majorité au pouvoir sont, pour tout dire, engagés dans une course pour le pouvoir. (En toile de fond : le palais de la présidence de la République, de nuit). © Montage Gabonreview
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Les agissements de certains ténors de la majorité laissent transparaitre une volonté d’être calife à la place du calife.
Ces questions sont sur toutes les lèvres : où se trouve Ali Bongo ? Pourquoi n’apparait-il plus en public ? Quand prendra-t-il de nouveau la parole ? Depuis bientôt deux semaines, elles reviennent en boucle. Sans être définitifs, de nombreux organes de presse, nationaux ou internationaux, essaient d’y apporter des réponses, évoquant sa présence en divers endroits du globe. Naturellement, cette incertitude nourrit la polémique sur son réel état de santé. Pendant ce temps, les autorités nationales font comme si de rien n’était, s’enfermant dans un mutisme éloquent. Croyant faire illusion, elles multiplient les initiatives sans parvenir à convaincre.

Retour avec tambours et trompettes

D’abord véhiculée par la bande, la rumeur du transfert du président de la République vers une métropole étrangère a ensuite été relayée par nos confrères de Jeune Afrique, réputés proches de la présidence de la République et praticiens de la communication d’influence. A ce jour, rien ne permet d’infirmer ou confirmer cette hypothèse. Depuis octobre dernier, la gestion des ennuis de santé d’Ali donne lieu à un festival de maladresses, l’incompétence le disputant à l’effronterie et l’irresponsabilité au sectarisme le plus étroit. Au sein de l’opinion, y compris parmi les hiérarques de la majorité, beaucoup s’interrogent sur l’identité du détenteur du pouvoir exécutif. Pourtant, à coups de menaces, le gouvernement essaie de détourner l’attention. Du coup, les rumeurs se multiplient, semant la psychose tout en plongeant le pays dans une errance institutionnelle sans précédent.

Si elle n’a jamais brillé par son efficacité ou sa légalité, l’action publique se caractérise désormais par son impudence. En violation de l’article 20 de la Constitution et des modalités de délégation des pouvoirs du président de la République, des nominations à des emplois supérieurs civils ont été actées. Sans égard aucun pour les dispositions constitutionnelles et en dehors d’un Conseil des ministres, le cabinet du président de la République a été remanié. Les doutes sur la paternité de certaines décisions ou l’authenticité de certains actes réglementaires sont naturellement devenus insistants. N’empêche, désireux d’accroître ou justifier leur mainmise sur l’appareil d’Etat, certains continuent à parler d’un Ali Bongo totalement remis, bien portant. Seulement, chacun se souvient encore de son retour avec tambours et trompettes, le 23 mars dernier.

Iznogoud tropicaux

Décrit comme «définitif», ce retour donna lieu à une odieuse et indécente mise en scène. Près d’un mois plus tard, les choses semblent revenues à la case départ. Et pour cause : Ali Bongo ne s’est pas exprimé après le mouvement d’humeur des lycées. Il ne s’est pas non plus impliqué dans la résolution de cette crise. Concepteur et promoteur de la Décennie de la femme, il ne s’est guère montré durant les festivités de la journée nationale dédiée, totalement pilotée par son épouse. Pourtant, du Premier ministre à la présidente de la Cour constitutionnelle en passant par les présidents des deux chambres du Parlement, les responsables d’institutions s’efforcent de faire croire au «fonctionnement régulier des institutions». A y regarder de près, la situation actuelle présente certains avantages pour la plupart d’entre eux. L’occasion faisant le larron, ils en profitent pour échafauder des stratégies individuelles.

Dans la famille politique d’Ali Bongo, les agendas cachés sont sortis des tiroirs. Malgré une grandiloquence mystificatrice, au-delà des discours officiels, les agissements de certains ne procèdent pas de la volonté de garantir la continuité de l’Etat. Ils relèvent plutôt d’une détermination à assouvir des ambitions personnelles. Autrement dit, seule la volonté de devenir calife à la place du calife peut expliquer certains comportements. Au gré des circonstances et intérêts, la Constitution est réécrite ou violée, les lois et règlements sont contournés, les procédures détournées. La semaine échue, le Conseil interministériel s’est même substitué au Conseil des ministres. Faisant fi des rappels de certains observateurs, le gouvernement est revenu sur une mesure arrêtée sous l’autorité du président de la République, renforçant ainsi les doutes sur les capacités physiques et cognitives d’Ali Bongo. Jouant les Iznogoud tropicaux, les dirigeants de la majorité au pouvoir sont, pour tout dire, engagés dans une course pour le pouvoir.

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